LES USAGERS

Les usagers, c’est l’acteur du quotidien. Existent-ils des profils-type d'usagers ? Quels modes d'incitations, quelles options et quelles recommandations sont offerts ou sont encore à offrir aux usagers ? Pour répondre à ces interrogations, une exploration des modes de mobilité existants, douce ou non, ainsi qu'une cartographie des usages mais également des mésusages de ces mobilités fut adoptée.

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Nous avons réalisé cinq cartographies pour explorer les enjeux liés à la mobilité électrique pour les usagers.

 

 

Cartographie des controverses

Nous avons commencé par recenser toutes les options existantes de mobilité douce, c'est-à-dire les options de mobilité plus sobres et moins nuisibles pour l’environnement que la voiture individuelle. Sur cette première cartographie réalisée sur GraphCommons, nous avons classé ces options par type (comme le freefloating, les transports en commun) et relevé l’implication de certains acteurs publics (comme les réseaux municipaux de transport en commun) et privés (comme les constructeurs automobiles).

Carte des options existantes de mobilité douce classées par type

Voir la cartographie HD sur GraphCommons.com

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Nous nous sommes ensuite penchés sur les motivations qui poussent les usagers à faire le choix d’une solution de mobilité au lieu d’une autre. Notre but était de couvrir le plus possible les types de déplacements des usagers. Nous nous sommes attelées à lister de manière la plus exhaustive possible tous les critères à l’aide du logiciel Stemic.

 

Les voici ci dessous:

Carte des critères de choix d’une solution de mobilité pour les usagers

(Pas de version HD pour cette carte)

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Cette cartographie nous a permis d’identifier des critères importants pour les usagers, comme le prix, la possibilité de se déplacer accompagné, ou de faire autre chose pendant un trajet… à partir des réponses des usagers à ces critères, il devient possible d’évaluer la flexibilité de chaque usager, c’est à dire sa disposition à modifier ses choix afin d’incorporer plus de mobilité douce.

 

Pour illustrer cela, nous avons élaboré le parcours de plusieurs “profils-types”, des personnes fictives, et leurs choix de mobilité selon les critères que nous avons identifiés précédemment.

Cartes des choix de mobilité selon des critères spécifiques à un usager type.

 

Profil-type 1 :  Manon Solis

Voir la cartographie 1 en HD sur Miro.com

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Profil-type 2 : Augustin Lascar

Voir la cartographie 2 en HD sur Miro.com

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Profil-type 3 :  Khalid Autran

Voir la cartographie 3 en HD sur Miro.com

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Profil-type 4 :  Fiona Shala

Voir la cartographie 4 en HD sur Miro.com

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Profil-type 5 :  Esther Alder

Voir la cartographie 5 en HD sur Miro.com

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Armés de ces critères ainsi que des profils-types, nous avons fait des recherches sur les différentes incitations qui existent pour accompagner la transition des usagers vers la mobilité électrique et rendre cette dernière aussi simple d’accès que possible. Ces incitations sont nombreuses et variées :

  • mesures fiscales (prime à la conversion, malus écologique),

  • subventions (prime à l’achat, subventions territoriales, forfaits annuels, mobilité durable),

  • mesures législatives,

  • information

  • et sensibilisation…

vous pouvez toutes les retrouver dans notre cartographie ci-dessous:

 

Carte des incitations à la transition vers l'achat d'un véhicule électrique

Voir la cartographie HD sur CmapsCloud.us

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Analyse des imaginaires

Suite à notre travail de cartographie, nous nous sommes attelées à explorer les imaginaires des usagers liés à la mobilité électrique. Nous avons réalisé une carte postale des imaginaires et une classification des imaginaires des usagers à différentes échelles (micro, macro, méta) ainsi qu’à différents horizons de temps (court, moyen, et long terme dans le passé).

Notre travail sur les imaginaires nous a permis d’identifier des mythes et des ambivalences liés à la mobilité électrique. Nous en avons fait une carte postale visuelle ci-contre.

Carte postale des imaginaires liées aux discours d'usagers

Voir la cartographie HD sur Miro.com

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Analyse des imaginaires

Nous avons également développé ces mythes et ces ambivalences par écrit ci-dessous. En revanche, nous avons noté avec intérêt l’absence de symboles liés précisément à la mobilité électrique. Les seuls symboles que nous avons identifiés sont attribués à la mobilité ou à l'électricité, mais pas les deux. Découvrez notre analyse ci dessous :

LES MYTHES

La mobilité électrique recèle divers idéologies, notamment dans l’expérience qu’elle apporte à son propriétaire. 

 

  1. Le Mythe d’Icare : Recherche de l'affranchissement de la pesanteur

On retrouve l’aspect aérien, de légèreté, qui se caractérise aussi avec l’énergie électrique, source invisible et pourtant puissante, voire presque dangereuse, comme le soleil qui vient brûler les ailes trop proches d’Icare. 

Il y a cette volonté de dépasser les lois physiques qui empêchent l’envol, la fluidité et la vitesse de cette mobilité. Dans un même temps, on observe une vanité des promesses des prouesses technologiques et écologiques que pourrait amener la voiture électrique.

   2. Le Mythe de Prométhée : Recherche d'une source d'énergie inépuisable 

Avec ce moyen de déplacement, l’imaginaire d’une source d’énergie inépuisable fait sa place au sein des pensées du public. Le fait que la batterie est rechargeable, à différents endroits, que ce soit en pleine route ou à domicile, rend le transport presque infini. De plus, l’efficacité de la voiture électrique permet de se recharger d’elle même de quelques kilomètres quand elle est en phase de freinage ou quand l'accélérateur n’est pas en marche.

Il rentre aussi dans la recherche de la meilleure ressource à exploiter pour rentrer dans la pérennité et s'inscrire dans les objectifs du développement durable.

   3. Le Mythe de l'ubiquité : Volonté d'être partout à la fois

Dans ce monde numérique, ultra-connecté, nous faisons face à un développement de services plus que de produits, notamment le free-floating (libre-service). Ces systèmes offrent cette ubiquité recherchée pour faciliter l'accessibilité et offrir une expérience du trajet, du voyage toujours plus simplifiée et opérationnelle.

   4. Le Mythe de Babel : Recherche d'une langue universelle

Cette idée reprend le principe de la voiture autonome, ou bien des services free-floating, qui se doivent de suivre une même compréhension, organisation et articulation des déplacements dans la ville, comme un tout, un ensemble. 

Ces services se connectent sur les mêmes médias d’informations, un réseau identique au travers d’une application, sur le canal d’un mobile, d’une plateforme.

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La mobilité électrique parle le langage du numérique ; la digitalisation des services associés transcende les barrières de la langue mais peuvent laisser de côté certains utilisateurs. Générations senior mises à part, tous les usagers autour du monde comprennent ce langage quelle que soit l’interface qu’ils utilisent.

   5. Le Mythe de la Recréation à l'identique : clonage

Il se traduit par la répétition des pratiques que l’on utilise déjà, mais transposées à l’électrique (vélo -> vélo électrique, voiture -> voiture électrique, métro -> métro automatique-électrique, …).

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Mais on le retrouve notamment dans les systèmes de free-floating, multipliant l’accessibilité des mobilités et micro-mobilités à un public toujours plus grand, en multipliant les dispositifs et infrastructures.

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Au-delà des services partagés, les véhicules électriques tendent vers un design normé, homogène voire impersonnel. Chaque acteur de la mobilité s’efforce de coller à un langage visuel préexistant pour mobiliser les imaginaires à leur avantage. L’efficacité intuitive de cette pratique prime sur l’innovation. 

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“L’incapacité à penser nos enveloppes avec l’automobile se révèle sans doute bien plus lourde de conséquences que le seul « effet diligence » qu’on lui attribue souvent.” L’effet diligence, concept développé par J-P Perriault, nous rappelle que les voitures ont toutes le même format depuis l’invention de la diligence: influencées par leurs itérations précédentes, les nouveaux véhicules restent dépendants formellement et n’innovent qu’à la marge, y compris les véhicules électriques.

LES SYMBOLS

 

C’est peut être pour cette raison que nous avons du mal à identifier un ou plusieurs symboles de la mobilité électrique vue par les usagers.  La mobilité électrique se contente d’utiliser les symboles de la mobilité ‘classique’ et ceux de l’électricité, sans qu’un symbole unique n’aie pour l’instant émergé dans l’imaginaire collectif. La symbolique de ce transport dit “durable” s’observe dans les codifications urbaines, au cœur de la ville principalement.

LES AMBIVALENCES QUE POSENT LA MOBILITÉ ÉLECTRIQUE AU COEUR DES USAGERS ET DE L'EXPÉRIENCE UTILISATEUR

   1. Quotidien, Familier, confort - Surnaturel, Surpuissance

Facilité d’accès, légèreté, familiarité avec l’électricité. Utilisation quotidienne de l'électricité dans nos vies, elle est presque invisibilisée. Arrivée de l’électricité des foyers comme tournant : apporte confort et donne à l’habitat une dimension nouvelle. L’électricité donne la puissance nécessaire pour réaliser son rêve, ses souhaits et désirs. Train en perpétuel mouvement, qui ne doit jamais s'arrêter.

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L'éclair, force dangereuse terrestre : La puissance qui rend visible cette nouvelle énergie, sous sa couleur bleue présente dans les imaginaires. Elle se lie à la fois à la puissance et la vitesse, "la vitesse de la lumière"

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L'Hyperloop :

Elon Musk, connu pour être le père de Tesla, Paypal ou encore SpaceX, est aussi à l'origine de l'Hyperloop, un projet qui pourrait bien révolutionner le monde des transports. Ce train futuriste est un concept qui vise à faire circuler des navettes en lévitation à très grande vitesse (1 000, voire 1 200 km/h) dans des tubes, sous vide.

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Les films des Studio Ghibli intègrent à leur imaginaire une mobilité douce, souvent aérienne et empreinte de poésie. Même si cette mobilité est rarement explicitée, décrite techniquement. 

 

 

   2. Nature - Urbanisme

Bien que la mobilité de demain se veuille écologique, proche de son environnement, capable de réduire nos émissions, et qu’elle apparaît donc en accordance avec nos objectifs de développement durable, sous l’oeil d’une nouvelle mobilité nomade, elle rejoint néanmoins des aspects urbains dans lesquels elle évolue (pub, article, recherches, usages) et fait l’objet de nombreuses controverses.  Dans les pubs, de voitures thermiques mais aussi et surtout de voitures électriques, la voiture apparaît comme un objet urbain, qui contrôle la ville, son dynamisme, son organisation, voire même ses lumières, qui apparaissent au même rythme que l'avancée de cette voiture. Elle est souvent représentée seule, comme surpuissante et directrice de ce nouvel urbanisme. Cette visualisation vient faire écho à la particularité de la voiture électrique comme un déplacement simplifié, rapide, fluide et connecté. Pour autant, la mobilité électrique ne résout pas les problématiques écologiques car elle déplace et crée une nouvelle pollution de notre planète. 
 

   3. Collectif - Individuel

La mobilité électrique, affaire collective et individuelle : la mobilité électrique est “verte” dans l’imaginaire puisque liée à une forme de partage et à une source d’énergie “propre”. De plus, les véhicules électriques sont souvent associés aux voitures et autres véhicules conçus pour les mobilités collectives. Pourtant de nombreux véhicules électriques sont destinés à un usage individuel et une vie courte (obsolescence programmée, dégâts liés au free floating) ; ils remplacent souvent des mobilités plus douces comme la marche ou le vélo. 

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Paradoxalement, les véhicules électriques de free-floating mobilisent la responsabilité de tous mais traduisent également des usages individuels qui mènent souvent à des dégâts en diluant la responsabilité (effet témoin).
 

   4. Légèreté - Insécurité
Une autre ambivalence est intéressante à noter. Si la mobilité électrique peut renvoyer à la notion de légèreté de par la vitesse et la fluidité de mouvements qu’elle offre à ses utilisateurs, (de vélos par exemple) elle est pour autant également associée à une certaine insécurité. Rappelons le, la micro-mobilité électrique concurrence fortement la voiture en centre urbain : “la durée moyenne d’un déplacement réalisé en Vélo à Assistance Électrique est de 30 minutes. Le VAE permet à leur propriétaire de se déplacer à une vitesse de 19 km/h. Une vitesse qui, au final, permet de se déplacer bien plus vite qu’avec d’autres modes de transport”(1). Aussi, les dispositifs de mobilité électrique tels que les batteries électriques sont physiquement légers, fins, et de petite taille, presque invisibles. Cela contribue à renforcer cette image de légèreté et “d’hyper-pratique”.

(1) “Le vélo à assistance électrique plus fort que la voiture ?”, article publié par Virginie sur Citycle, le 21 décembre 2016

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Pour autant, à mobilité électrique est aisément relié la notion d’insécurité, et ce, pour plusieurs raisons : d’abord parceque l’électricité est directement associée à des symboles de danger, comme ce panneau jaune contenant des éclairs renverssant la silouhette d’un homme et qui indique “risque d’électrocution”. Ces panneaux de signalisation sont visibles dans des zones de trafic ferroviaire par exemple mais plus largement, dès qu’un dispositif électrique expose à un risque. 

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Aussi, les incidents en mobilité électrique sont très fréquents en zone urbaine. Leur trop faible prise en compte en ville en termes d’espace et de règles ne permet pas d’assurer une grande sécurité. L’Observatoire de la sécurité routière en France a publié cette année des analyses sur ce thème, on trouve par exemple : “Analyse de l'accidentalité des cyclistes”, “quelles règles pour les Engins de déplacement personnel ?” ou encore “Aménagements cyclables provisoires”. Ces rapports illustrent bien que l’insécurité des engins de déplacements à assistance électrique est une préoccupation centrale de la mobilité urbaine et un défi pour les villes d’aujourd’hui et de demain.

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Aussi, si on entre dans le détail, un autre aspect de l’insécurité peut être illustré par le manque d’assurance des micro-mobilités électriques en libre service. Les utilisateurs de trottinette en libre-service ne sont pas assurés et peu le savent : “les conditions générales d’utilisation ne sont pas lues alors qu’elles indiquent bien que le loueur se dégage de toute responsabilité en cas d’accident et donc de l’obligation d’être assurés” (2). Les municipalités essaient de contrecarrer cette insécurité par la mise en place d’espaces de stationnement sécurisés suffisamment dimensionnés. On constate toutefois encore trop de dégradations de matériels et des stationnements clandestins pouvant nuire à la circulation des piétons.

(2) Europe Matin, Roland Perez, chronique du le 28 septembre 2019

   5. Le Corps et sa mouvance - Immobilité

L’électrique permet de développer des formes d’agilité. Comme dit plus haut, la mobilité électrique fournit une capacité nouvelle à se mouvoir. Elle permet la vitesse dans les zones urbaines pour la micro-mobilité et la fluidité de déplacement. Cependant, insérer de l’électrique dans des formes de mobilité peut paradoxalement aussi signifier comportements sédentaires. En partant de la “rue de l’Avenir”, un trottoir roulant installé lors de l'Exposition universelle de 1900 à Paris qui fonctionnait grâce à un mécanisme électrique, nous allons ici montrer comment l’électricité peut aussi favoriser la non-mobilité des corps en la remplaçant/en se substituant à l’effort physique. En effet, si l’on pense aujourd'hui à nos escalateurs disposés un peu partout dans les espaces de foule (gare, métro, centre commercial) on note qu’ils ont tendance à inciter les individus à fournir le moins d’effort possible et ne fluidifient pas tellement le trafic puisque les escaliers "classiques" sont désertés. (voir photo ci-joint). Il ne s’agit pas de répartition des flux, il n y pas d’intelligence collective.

 

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En effet, automatiser les escaliers revient à s’immobiliser le temps de la montée/descente et donc à inciter un comportement passif. L'ascenseur est également un objet appartenant à cette logique. Grand progrès pour les habitants du 7ème étage illustrant bien qu’il existe les déplacements que l’on peut faire et ce qu’on choisit de ne pas faire. Aussi, la micro-mobilité électrique comme la trottinette, les hoverboard, le gyropode semble s’introduire de plus en plus dans les habitudes de déplacement des individus en ville. La position debout toujours statique sur ces engins illustre elle aussi une immobilisation des corps. La pratique de la livraison à domicile est aussi une traduction de la sédentarité de notre Société. Vincent Kaufmann évoque alors la “virtualité d’un déplacement, plutôt que le déplacement lui-même”.

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   6. Les promesses - Les limites

Les promesses de la mobilité électrique sont nombreuses : durabilité, efficacité, rapidité fluidité et hyper-accessibilité pour les micro-mobilités notamment en free-floating. Pour autant, V. Kaufmann nous rappelle que la mobilité concerne bien plus que “la vitesse et la distance, et que l’augmentation des flux : les structures sociales et les inégalités ne disparaissent pas parce qu’on se déplace plus”. Ainsi, la mobilité électrique est aussi une mobilité sociale, où se mêlent inégalités et création de commun, où s’articule sédentarité et grands déplacements de la Société. Elle est également politique puisque mobilise acteurs privés et publics telles que les municipalités et elle est aussi affaire de géopolitique lorsqu’on pose la question de la durabilité des pratiques. 

 

 

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